Comment on s’y prendra
pour essayer d’obtenir votre complicité


La corruption, vous pouvez la rencontrer selon 36 scénarios différents.

Tout d’abord vous n’assistez pas toujours au “lever du rideau”! L’affaire qui vous concernera aura déjà peut-être des années d’antériorité, paisible ou agitée.
Et vous êtes censé, à votre entrée en scène, donner la réplique convenue.
Alors même si vous ne savez pas à quel page le livre s’ouvrira pour vous, la page 1 ou la page 100, il vous faut comprendre la trame générale d’une affaire de corruption, pour vous y situer et veiller à ne pas vous y trouver piégé.

Si l’on remontait au tout début d’une affaire, on trouverait souvent quelque chose qui s’apparente au schéma suivant:
 

- d’abord............observer la cible visée,
- puis................. l’appâter, discrètement peut-être
- ensuite............ la compromettre, pour la ferrer
- enfin................ récolter (gentiment, ou moins gentiment)

Cela n’a rien bien sur d’un “protocole” obligé. Beaucoup brûlent les étapes, ou peut-être ont-elles déjà été franchies avant votre entrée en scène. Mais ces quatre étapes jalonnent très naturellement l’itinéraire de la corruption.

C’est une méthode très comparable à celle utilisée pour le recrutement des espions, voire celles utilisées par les sectes.

Mais énumérer ces étapes est bien insuffisant; encore faut-il savoir:
                         comment se déroule chacune de ces diverses phases,
                         comment repérer ce qui se prépare
                         comment réagir à chacun de ces quatre stades plus ou moins successifs :

L’objectif étant bien, rappelons-le,
d’éviter de se retrouver pris dans un engrenage

 

Pratiquement: comment éviter de se laisser piéger

Il existe bien sûr de solides exposés des principes - moraux, éthiques, civiques, religieux - qui condamnent la corruption. Mais ce que nous présentons ici, ce sont des idées de protection plus “opérationnelles”, une “prophylaxie” individuelle pour éviter de se trouver soi-même piégé.

Nous vous avons indiqué plus haut les 4 étapes qui jalonnent la recherche d’une complicité. Voyons donc comment se déroule chacune de ces phases, comment repérer ce qui se prépare, et comment réagir à chacune d’entre elles.
Après avoir vu cela, et si vous souhaitez en savoir plus sur :

Les “secteurs à risque”, faut-il éviter de s'y engager?
Se trouver impliqué dans une affaire de corruption, quelles conséquences pour vous?
Pour votre famille? Pour vos relations? Pour votre curriculum vitae?

il vous suffira de cliquer sur :   …retour au menu principal…

1) Première étape: d’abord, vous observer
pour trouver un point faible dans votre personnalité

L’objectif

Sauf s’il est sur de son coup ou imprudent, celui qui cherche à s’assurer une complicité ne va pas se découvrir d’emblée. Il se peut qu’il cherche d’abord, sans éveiller votre méfiance, à savoir quel genre d’homme vous êtes; si vous paraissez devoir être réceptif à ses propositions, et à quel appât vous pourriez mordre: l’argent, le standing, le pouvoir, la jalousie, les sentiments ou quoi encore?

La façon de procéder


La première approche sera peut-être un simple sondage de votre réceptivité. Un sondage discret ou un sondage direct. Discret? Par exemple: on observe vos réactions à des propos équivoques; à l’évocation de tel ou tel scandale (Elf, Tapie, dopage etc.), ou à des histoires un peu corsées. Ou bien c’est un visiteur ou un collègue qui “oublie” sur votre bureau un objet, un joli stylo. Et l’on voit si vous le rendez ou si vous “oubliez” de le faire. Ou c’est l’offre d’un petit service semi-banal, pour tester vos réactions.




Comment s’en rendre compte ?


Cette première phase peut être conduite, le cas échéant, sans que rien ne vous l’indique. Tout au plus, peut-être, une curiosité, un intérêt particulier porté à votre personne, à vos opinions etc.

Comment réagir ?

Rien de spécial, évidemment. Ne pas voir des “pourris” partout! Il suffit de garder sa prudence naturelle. Et, sur les sujets équivoques, il vaut mieux se montrer réticent que trop accueillant


 

2) Deuxième étape:
comment
vous appâter!


L’objectif - Une fois que l’on a identifié ce qui vous motive, on va vous en donner. Suffisamment pour que vous soyez heureux d’avoir trouvé un accès à quelque chose qui vous tentait, et ayez envie de poursuivre.
Ceci en vue d’influencer, le moment venu, votre décision, de la rendre différente de celle qui allait être prise suivant les seuls critères de l’économie et des obligations de votre charge.


La façon de procéder - Il y a mille sortes d’appâts, et mille nuances insidieuses. Mais surtout la tentation ne vient pas que de l’extérieur: le germe s’en trouve en nous-mêmes. Rien de plus naturel, légitime, fécond que le désir de progresser, de s’accomplir. Désir de bien-être, de reconnaissance, d’affection, de progression pour vous et les vôtres etc. Et c’est cela (et les dévoiements possibles: pouvoir, vengeance, sexe etc.) qu’exploite le corrupteur, avec plus ou moins d’adresse et de force.

Ce n’est pas nécessairement aussi voyant que, par exemple, la remise d’une enveloppe, ou, lors d’un voyage d’affaire, la rencontre “comme par hasard” d’une “compagnie” agréable.

Ce peut être par exemple, l’introduction très naturelle et innocente par un ami (une amie) dans un milieu différent, d’un style de vie attachant; ceci sans contrepartie particulière.
Ce peut être l’offre d’un petit service semi-banal, ou un billet “oublié” entre les pages d’un livre emprunté.
Ou l’envoi d’une lettre (à en-tête ou non; signées ou non; provenant ou non d’un pays autre que la France) permettant d’envisager des opérations financièrement très intéressantes, moyennant un service banal, ou pas.

 

Comment s’en rendre compte -
rien ne vous l’indique. Mais
l’appétit visé en vous, facilitera
difficile - surtout si vous avez
caractère moral du geste (s’il est
 
Cette deuxième phase peut être conduite, le cas échéant, sans que
connaître le processus, être conscient du mécanisme, identifier
votre discernement. Et repérer ce qu’il faut éviter ne vous sera pas très
pris l’habitude d’y être attentif. Ce qui est en cause ici, ce n’est pas le
immoral, vous voilà déjà prévenu), c’est la mise en place d’un engrenage.


Il se peut qu’en préliminaire on s’emploie à endormir votre prudence par tel ou tel
procédé bien classique. Par exemple: feindre une certaine communauté de point
de vue, étendue de proche en proche, pour acquérir votre confiance. Un zeste de
flatterie à l’occasion. Une adroite considération. L’acquisition d’un certain ascendant
etc. Tous procédés qui rendent plus malaisé le refus ultérieur de telle ou telle
demande
(cf. «Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens», de Joule & Beauvois).

Bien entendu, si une demande de service est exprimée, si vous êtes approché, vous êtes à même d’en apprécier le caractère sain ou incertain, voire malhonnête.

Certes la corruption fera plus difficilement son chemin si le cœur de l’homme est déjà structuré en valeurs et en projets. Mais rassurez-vous: qu’il le soit ou non: vous n’êtes nullement désarmé.

Comment réagir - Ces phases d’observation et d’appât peuvent en réalité être précieuses pour vous: si vous avez perçu quoi que ce soit d’un peu inhabituel, vous voilà alerté et pas encore compromis. Vous pouvez éviter le piège à moindre frais.

Les accepter peut prendre une autre signification. S’agissant par exemple de cadeaux pas totalement anodins, peut-être devez vous les refuser courtoisement? Ou les mettre au tirage au sort dans le service ou l’entreprise?
Et le faire savoir assez largement, y compris du donateur?

En effet certains services, certains cadeaux qui n’étaient que conviviaux et innocents il y a dix ou vingt ans sont aujourd’hui plus ambigus.

Mais même si vous avez – imprudemment ou non – accepté ceci ou cela, ne vous croyez pas tenus d’acquiescer à telle ou telle demande. S’il vous faut « renvoyer l’ascenseur », choisissez celui-ci vous-même !
Quoi qu’en dise le dicton, « le premier pas »…peut coûter trop cher!

A ce stade, faire savoir clairement, à propos ou hors de propos, que vous êtes allergique à la corruption, et agir de façon non équivoque, peut être suffisant. Mais il semble préférable de réagir sans tarder. En effet, si vous n’êtes pas un point de passage obligé sur son trajet, il y a de fortes chances pour que le corrupteur cherche un itinéraire a priori plus facile.

C’est aussi un bon moment pour penser aux suites possibles, pour se remettre en mémoire le style de vie que l’on choisi. Et penser à ce que vous ferez si les choses se précisent, se précipitent.


3) Troisième étape:
comment on peut
vous compromettre;
à votre insu, peut-être.

L’objectif - Si l’on vise à vous soudoyer, a fortiori si l’on espère de vous une complicité suivie, on cherchera probablement, tôt ou tard, à vous compromettre.

La façon de procéder

Comment ? Par exemple: en vous faisant signer, sous couvert d’une simple routine, un document en fait délictueux; et vous voilà prête-nom! Autre exemple parmi bien d’autres: en vous rendant témoin (volontaire ou non) d’un de ces délits que la loi oblige à dénoncer, et complice (ne serait-ce que par votre silence avant/ pendant/ après).

Ou en vous rendant témoin, auteur ou co-auteur d’actes, écrits, propos répréhensibles (avec ou sans enregistrement caché). Vous pouvez alors être compromis, ou être qualifié de complice par des tiers, voire par la justice, si vous n’êtes pas à même d’établir les preuves de votre bonne foi.

Il existe des procédés plus sournois encore: votre argent (ou celui qui paye votre voyage) mêlé, à votre insu, à un flux de blanchiment! Faute d’un justificatif, vous feriez partie des suspects, pour peu que la somme ne soit pas négligeable.
 





« C’est quoi, cette pomme ? Est-ce qu’elle est seulement bio ? Encore un OGM, je parie !
Et l’origine ? Vous appelez ça traçable, vous ?! Et puis le packaging, il est archi - nul !
Et l’emballage: « Totalement bio-dégradable » ?
                   Hem! C’est vite dit !

Alors le principe de précaution, pour vous, c’est quoi ? »

Comment s’en rendre compte

Repérer ce qu’il faut éviter ne vous sera pas très difficile - surtout si vous avez pris l’habitude d’y être attentif.

Le piège en effet se détecte en ce qu’il écorche, ou chatouille:
- l’éthique, la morale tout court, et votre bon sens,
- la loi, les textes officiels;
- les normes, règlements ou autres, promulgués éventuellement par la hiérarchie.

Voire même, ce qui offense le “politiquement correct” du lieu et du moment! Voire même: dans certains milieux, vous dénoncer comme refusant de participer comme tout le monde à la corruption d’usage! Car cela peut être utilisé contre vous et n’est pas moins efficace. Cela ne vous contraint pas au conformisme, mais autant le savoir.

C’est alors que se fait jour la nature réelle de votre (vos) interlocuteur(s), masqué(s) ou non.

Ne pas se rendre compte de ce qui se trame? Cela n’est pas totalement exclu, mais moins probable.

1) Comment réagir si vous n’êtes pas encore compromis?

Cela ne dépend encore que de vous.
De vous seul, nous l’avons dit, mais attention: la tentation ne vient pas que de l’extérieur. Le germe s’en trouve en nous-mêmes. Rien de plus naturel, légitime, fécond que le désir de progresser, de s’accomplir. Désir de bien-être, de reconnaissance, d’affection, d’aisance financière etc. Et c’est cela (et les dévoiements possibles: pouvoir, vengeance, sexe etc.)qu’exploite le corrupteur, avec plus ou moins d’adresse et de force.


Etre conscient de ce mécanisme, identifier l’appétit visé en vous, facilitera votre discernement.

Certes la corruption fera plus difficilement son chemin si le cœur de l’homme est déjà structuré en valeurs et en projets. S’il l’est, tant mieux. Mais rassurez-vous: qu’il le soit ou non, vous n’êtes nullement désarmé. Si vous n’êtes pas un point de passage obligé, il y a de fortes chances pour que le simple fait de marquer votre répugnance, de refuser clairement, incite votre interlocuteur à aller chercher un partenaire plus facile.
Informer sa hiérarchie? C’est le plus normal, le plus simple. Ne pas le faire peut être considéré comme une faute lourde. Mais il est sage aussi de savoir si l’organisme au sein duquel vous travaillez n’a pas déjà mis en place une cellule spécialisée pour recueillir ce type d’informations en prenant les mesures nécessaires pour en assurer la confidentialité ( voir ce qui est dit par ailleurs des « déclencheurs d’alerte »

2 ) Et quand vous comprenez que vous avez été compromis - même si on ne vous a encore demandé aucun acte de complicité - que faire?

Peut être est-il alors préférable d’envisager calmement de laisser quelques plumes dans l’aventure - voire une grosse poignée; de faire la part du feu, avant de se retrouver entraîné encore plus loin. A ce carrefour de décision vous attendent peut-être de sérieux adversaires intérieurs: incertitude, inquiétude, peut-être angoisse, en tout cas extrême envie de remettre à plus tard. “Plonger” résolument est de nature à les dissiper.

Il est bien possible évidemment que l’on vous ait suggéré/recommandé/prescrit un silence total. Savez vous du reste si votre hiérarchie directe est au courant? complice? Si c’est le cas, n’y a-t-il pas des risques à lui en parler? Et à n’en parler qu’à elle? ( voir ce qui est dit par ailleurs des « déclencheurs d’alerte » ).

Attendre? En l’occurrence, les manœuvres dilatoires ne modifieraient pas l’équilibre des forces, alors que votre retard risque d’aggraver la situation et de vous ligoter plus fermement encore. Demander des explications, des précisions, dire que l’on a besoin de temps pour réfléchir, etc.: vous étiez compromis, vous deviendriez compromettant!

Au contraire, faire état rapidement de votre erreur peut être de nature à limiter votre responsabilité,
surtout si vous pouvez invoquer la surprise, la non-préméditation. Alors que tarder à le faire peut vous exposer à des conséquences beaucoup plus dommageables encore?


La façon de reconnaître les faits n’est pas indifférente. En tête-à-tête ou à la ronde? Reconnaître sa responsabilité est une chose; dénoncer celle des autres en est une autre; dénoncer nommément quelqu’un, une autre encore.
Le ton peut ne pas être agressif ou provocant. Jusqu’à un certain point, l’embarras, l’humour, un registre mineur peuvent parfois dédramatiser.


Une fois votre hiérarchie informée par vous, peut-être jugerez vous utile de le faire savoir
à ceux qui vous ont piégé. Leur moyen de pression sur vous, le risque de chantage, s’en trouve fortement dévalorisé!


4) Le moment venu:
on viendra
“récolter”

Tôt ou tard, après une minute ou des années, quelqu’un viendra pour obtenir l’avantage indu qu’on attend de vous. Pour récolter, gentiment ou moins courtoisement. Voire exiger, menacer, sévir.

Comment cela se fait

Ce “quelqu’un” ( “un” interlocuteur, ou plusieurs ) va souvent directement au but, sans s’attarder aux étapes préalables dont nous avons parlé. Par exemple lorsqu’il s’agit d’une pratique déjà entérinée par l’usage ou par la hiérarchie; et chacun sait aujourd’hui que dans le public comme dans le privé il y a des “zones à risque” où la corruption est fréquente, sinon quasi de règle.
Votre interlocuteur peut indiquer alors, ou exiger d’emblée, ce qu’il attend.

C’est aussi un procédé de racketteurs; ou de mafias organisées. En cas de résistance, la sanction peut être immédiate ou prendre la forme d’une menace - plus crédible encore si l’on a réussi à vous compromettre.

Le corrupteur peut aussi jouer parfois sur un effet de surprise, pour obtenir à l’arraché une signature, un écrit, un accord verbal ou toute autre chose, sans vous laisser le temps de réaliser pleinement ce qui vous arrive et à quoi cela peut vous entraîner. Savoir, tout au moins, que cela arrive vous donne un avantage.

Comment réagir?

Le site que vous consultez en ce moment concerne la
prévention de la corruption, pas la façon de gérer les phases ultérieures. La variété des situations est telle, du reste, que ce serait sans doute plus dangereux qu’utile.

Apprécier le risque.

Face à une menace explicite, peut-être pouvez vous essayer de vous faire une idée - même grossière:
- de la surface et du « pouvoir de nuisance » de vos adversaires sur vous. A-t-on affaire à une petitehistoire avec de petits moyens, des gains modestes? Ou à un vaste réseau, à de puissants intervenants, prêts à tout pour obtenir ce qu’ils veulent?

- de l’importance de l’enjeu pour eux et pour leur réseau. Entre un paquet de chemisettes Lacoste et un réseau de blanchiment d’argent! Mais vous serez souvent bien en peine de vous faire une idée.

- Et dans chaque cas concret, devant des décisions qui peuvent être dramatiques, engager pour longtemps famille etc., chacun est seul. Aidé peut-être par ces guides que sont la loi, la charte de l’entreprise et autres textes, mais seul, et seul juge, face à votre conscience. Dans l’angoisse peut-être, vous aurez à apprécier en conscience le “moindre mal”, et à faire votre choix.

Quel que soit ce dernier, un critère de sa qualité, ce sera que soyez prêt à exposer - à ceux qui peuvent y avoir droit - les motifs que vous avez privilégiés, et pourquoi Malgré les principes légaux et éthiques, celui qui a participé à un acte de corruption n’est souvent pas à même de compenser le préjudice causé aux tiers lésés. Mais se reconnaître débiteur est propre à inciter à contribuer, à proportion et dans un cadre approprié, à la lutte contre la corruption.

…retour au menu principal …